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La légende du renard

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auteurdezorro

Description :

Vous connaissez sûrement le Renard masqué connu sous le nom de Zorro... Mais tout le monde donne sa propre version de la légende : on a vu un livre, des films, une série. Et pourtant,... si cette histoire n'était-elle pas seulement un mythe ? Si elle avait vraiment existé ?
Vous allez enfin découvrir la vérité...! Bonne lecture !

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Prologue

Je me souviens : je venais tout juste d'avoir douze ans.
L'été n'avait jamais été aussi beau et les magnifiques orangers de mon père qui entouraient notre vieille hacienda croulaient carrément sous le poids de ses fruits délicieux. Le bleu du ciel rappelait celui de la robe de la Sainte Vierge, dont la Statue ornait la nef de l'église du village.
Je courrais tout le temps partout, l'espièglerie ne me quittant jamais, comme une s½ur. Tout sentait bon, sentait la vie autour de moi et je savais exactement comment m'y prendre pour savourer un été aussi plein de grâce et de beauté que celui-là : je traversais les rues pavées, les chemins de terre qui sillonnaient les champs, les plages de sable fin jusqu'aux rochers, tout cela comme si j'avais entrepris un grand voyage dans le monde pour découvrir des paysages différents, de multiples visages de la nature dans laquelle je vivais. C'était une aventure palpitante que je m'inventais chaque jour, et qui finissait toujours dans le même lieu, l'endroit que j'affectionnais le plus sur cette terre : l'église.
Ah...! L'église ! Comment pourrait-on oublier mon église ? C'était mon sanctuaire sacré, mon coin de paradis exilé ! Elle ressemblait aux prairies ensoleillées et fleuries du printemps. L'été à côté d'elle ne semblait être qu'un bijou qui la parait plus encore qu'à l'habitude. La lumière du dehors qui traversait les vitraux formait des arcs-en-ciel qui illuminaient tous les recoins sombres. Tout respirait en elle des souvenirs fous et sauvages que le curé n'arrivait jamais à chasser de ma tête. Cette église était une légende, même si personne ne la racontait. Moi-même je n'osais pas trop en dire, parce que j'estimais que je ne connaissais pas toute l'histoire. Je doute cependant que certains en savaient plus que moi, car qui donc pouvait mieux connaître chaque défaut sur les colonnes, chaque sculpture sur les arcs de voûte, chaque recoin de son immensité ? Et personne n'y venait jamais en dehors de la messe du dimanche, où tout le monde se forçait pour se lever tôt, attiré plus par la mélopée de la cloche que par le sermon habituel du curé.
Et malgré sa magnificence, on l'abandonnait de plus en plus. On disait qu'on allait la détruire, parce qu'on était un trop petit village, qu'elle ne servait à rien. Parce que personne ne croyait plus en Dieu. Parce que chacun avait perdu quelqu'un pendant la Première Guerre, si ce n'était aussi pendant la Deuxième. Et qu'alors, la Foi ne se propageait plus...
Pourtant, quelque chose m?attirait inlassablement vers Lui, le Sans nom, vers son autel où étaient posés gracieusement les chandeliers et le Christ sur sa croix. Ce n'était qu'une simple église, mais dans cette simplicité résidait tout un charme naturel, le charme de ma campagne espagnole. Et ce symbole divin de mon enfance est toujours là, se dressant parmi les gratte-ciels de la modernité. Car désormais, mon village n'existe plus que dans mon esprit, remplacé aujourd'hui par d'immenses immeubles, créations hideuses de notre temps. Il ne reste que les plages de sable fin, quelques brises au goût de sel et d'aventure, et mon église chérie, seules traces de mes ancêtres...
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#Posté le lundi 08 août 2005 02:00

Modifié le mercredi 09 novembre 2005 08:38

.

Ce jour-là où ma mère m'a raconté notre histoire, je n'aurais jamais pu réaliser que ma vie et mon c½ur changeraient. Ma mère voulait que je l'aide à ranger la maison, mais j'étais forte tête, je refusai catégoriquement. Je m'étais alors enfuie dans mon refuge habituel, à l'abri des regards indiscrets et j'y admirais les effets de lumière et d'échos qui rendaient ce lieu divin. Quel bonheur que d'assister à un tel spectacle, plutôt que de devoir faire le ménage à l'intérieur de la maison dans une chaleur étouffante !
Je ne sus qui lui avait dit où je me trouvai. Mais alors que j'étais en pleine contemplation, elle m'attrapa par derrière et me ramena de force jusqu'à chez nous. J'aurais dû être punie. Seulement, il sembla que le lieu dans lequel je m'étais cachée lui fit plus d'effets que je n'aurais jamais pu le croire. Elle me lança un regard mélancolique et plein de tendresse. Je pensais avoir fait quelque chose de mal, c'est pourquoi sa réaction me surprit autant.
Elle marcha jusqu'à une bassine où flottait une éponge toute savonneuse et la posa dans mes mains tendues, avant d'en prendre une autre pour elle. Je la suivis vers la chambre où nous nous penchâmes sur le parquet pour le nettoyer. Elle resta silencieuse pendant des heures, observant du coin de l'½il si mon travail ménager était satisfaisant. Je ne dis non plus mot, ne sachant pas réellement ce qui s'était passé dans l'esprit de ma mère.
Et le soir venu, je l'épiai, toujours curieuse de savoir ce qui lui prenait de se comporter aussi étrangement. Après avoir fini notre travail, elle s'éclipsa pour aller prier sur la tombe de mon grand-père. Je l'espionnai et l'entendis marmonner longuement quelque chose, avant de comprendre qu'elle pleurait. Je demeurai interdite tout le repas, comme elle, les autres faisant leur chahut ordinaire et ne remarquant rien de notre singulière attitude.
Les veillées espagnoles sont très longues et l'on se couche très tard, savez-vous. On fait la fête avec tous les voisins, on se balade dans les champs, on danse les tangos traditionnels ou le flamenco. Les jupes des robes volent, la fraîcheur de la nuit disparaît, tout n'est que gaieté. Mais cette fois-ci, je restai dans ma chambre à méditer. Par la fenêtre ouverte, j'entendais mes frères chanter et jouer de la guitare, encouragés par mon père qui aimait animer les festivités.
Allongée sur mon lit, les yeux fermés, j'imaginai être encore dans mon église à regarder chaque détail de la statue de la Vierge. La porte grinça et je réalisai que j'étais entrain de rêver dans un demi-sommeil. J'aperçus ainsi le visage bienveillant de ma mère qui m'observait tranquillement. Elle s'assit alors juste à côté de moi et caressa mes cheveux. Elle me regardait toujours, en silence.
« Tu as son courage? Je le sais depuis longtemps. Mais tu as aussi son âme ! »
Je me demandai curieusement de qui elle pouvait bien parler, mais en cet instant, j'étais fière de ce qu?elle pensait de moi.
Elle me serra fort contre sa poitrine et je sentis que son c½ur battait plus vite. Sa peau dorée avait un goût de sel et d'épice, la saveur sauvage des chevaux andalous et de l'Autan noir, ce vent violent et pluvieux d'Espagne qui fouette le visage.
Je pense qu'un instant, elle n'eut pas été sûre de me délivrer ce secret, car elle inspira une grande bouffée d'air avant de se résigner à me parler.
« Sais-tu, ma fille, de quelle famille viens-tu ?
_ Je ne sais que ton nom, Monastorio, et le prénom de grand-père, Alejandro.
_ Oui, mais connais-tu la raison pour laquelle il a hérité de ce prénom ? »
Je répondis franchement non. Je ne comprenais pas le moins du monde où elle cherchait à me mener.
« Il y a une histoire, une vieille histoire sur ta famille, la mienne, que l'on transmet de génération en génération. Il n'y a qu'une personne à qui je devais la dire, comme toi tu ne devras la révéler qu'à un de tes futurs fils ou filles. Il est très important qu'elle reste préservée et qu'un jour, tu la racontes, toi aussi. Tu devras choisir avec vigilance le prochain détenteur de notre secret. »

Ainsi, dans la pénombre de la nuit, elle me raconta l'histoire extraordinaire de mes ancêtres.
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#Posté le lundi 08 août 2005 02:01

Modifié le mercredi 10 août 2005 09:05

1er Chapitre - 1ère Partie -

Septembre 1815.

Sur la magnifique goélette espagnole qui l'emmenait jusqu'en Californie, Elena Del Castillo s'entraînait à l'escrime, surveillée de près par son très cher Bernardo qui ne la quittait jamais. Au gaillard d'avant, son père, Alejandro Del Castillo, l'observait attentivement lui aussi. Il était très fier d?elle. Elle était fougueuse et appliquée ; personne n'était jamais arrivé à la surpasser au combat à l'épée, pas même lui. Elle était si souple et si légère que les mouvements rapides qu'elle effectuait étaient presque invisibles. Don Alejandro avait pourtant ce goût d'amertume qui traînait dans sa bouche à chaque fois qu'il voyait sa fille s'entraîner : il n?avait pas eu de fils. Oui, ce goût revenait à chaque fois qu'il se reconnaissait en Elena, qu'il lui trouvait sa jeunesse d'antan. Quel dommage que sa femme mourut en lui donnant naissance ! Ils voulaient tant un fils. Mais en mémoire de sa défunte épouse, il avait renoncé à se remarier, préférant s?occuper de sa fille chérie.
Il savait pourtant bien qu'Elena faisait tous ces efforts guerriers parce qu'il n?avait pas eu d'héritier mâle et cela n'accroissait que davantage l'amour que lui inspirait sa fille. Malgré tout, il se résignait au fait qu'il lui faudrait un jour abandonner son nom pour celui de son mari et sa fortune appartiendrait, elle aussi, à la famille de son futur époux. Bien qu'il ne lui ait encore rien dit, Alejandro réfléchissait déjà aux jeunes hommes des meilleures familles de Californie, qui pourraient un jour l'épouser. Il était conscient qu'Elena avait beaucoup grandi ces derniers temps, qu'elle devenait une très belle jeune femme, épanouie, qui aurait sûrement beaucoup de succès auprès des hommes. Seulement, son esprit restait sauvage et espiègle. Elle était indomptable, comme les chevaux d?Andalousie. L'Andalousie, qu'ils quittaient, pour aller loin, très loin?
Pour ne pas le tirer de sa réflexion, Rafaelo avança tout doucement vers son ami et maître. Lui aussi partait vers cette contrée lointaine qu'est la Californie parce qu'il ne pouvait se décider à quitter Don Alejandro. Il l'avait servi toute sa vie et ils avaient même partagé leurs jeux, étant enfants. Comme Elena et Bernardo l'ont fait après eux. Et il ne connaissait pas de famille plus généreuse et plus consciencieuse que celle des Del Castillo. Bernardo avait même eu l'honneur d'apprendre à lire et à écrire avec Elena, ainsi que l'escrime et l'équitation. S'il l'avait souhaité, Bernardo aurait pu demander une affectation dans l'armée, le senior Del Castillo se serait fait un plaisir et un devoir de le recommander aux généraux. Non, il n'y avait pas de quoi se plaindre, bien qu'étant serviteur.
Rafaelo ne voulut pas déranger son maître et s'en retourna vers la cale du bateau. On y avait entassé toutes les affaires de Don Alejandro et de la señorita Elena. Tout comme Bernardo, il n?avait pas bien confiance en cet équipage d?hommes mal rasés et sales, qui sentaient le poisson à plein nez. Il fallait donc vérifier régulièrement que chaque chose était bien à sa place, ce qu'il s'empressait de faire avec une minutie sans égale. Évidemment, une grande partie de ces bagages était aussi disposée dans les cabines de Don Alejandro et de sa fille et là, les hommes de l'équipage ne pouvaient y avoir accès, ce qui donnait moins de soucis à Rafaelo.
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#Posté le lundi 08 août 2005 02:19

Modifié le samedi 04 mars 2006 15:32

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Il continua vers le fond de la cale. Il y avait quelques chaloupes, au cas où ils seraient dans l'obligation de quitter le navire. Cependant, les canons placés sur les côtés rassuraient un peu les passagers de bord des attaques pirates. Un peu plus loin, il entendit les bruits sourds des fers cognant les parois d?une cage. C'était Tornado, le superbe étalon noir dont le roi Ferdinand VII avait fait cadeau à Don Alejandro pour son voyage en Californie. Car c'était le Roi lui-même qui les y avait envoyés ; il souhaitait en effet que Don Alejandro soit le nouveau gouverneur de Californie pour tenter de rétablir les tensions entre le gouvernement espagnol et les indépendantistes qui duraient depuis déjà cinq ans. On venait d'ailleurs tout juste de fusiller un prêtre rebelle à Mexico, José Maria Morelos.
Bien sûr, Elena avait entendu parler de tout ce qui concernait la situation politique du Mexique et aimait débattre à table des mesures à prendre. Pour elle, il était clair que des hommes haut placés trahissaient l?Espagne. Son père la modérait toujours dans ses propos en lui faisant remarquer à chaque fois que tant qu'ils ne vivaient pas sur place, il leur était tout simplement impossible de savoir et encore plus d'analyser les causes et les effets de la Guerre d'Indépendance.
Lorsque sa ronde fut terminée, Rafaelo retourna sur le pont. Le vent ne soufflait plus, il allait sûrement bientôt pleuvoir. Elena et Bernardo s'amusaient encore à se battre à l'épée, pendant que Don Alejandro restait plongé dans ses pensées. D'un sifflement, il appela son fils qui feignit tout de suite d'avoir perdu sa garde pour faire gagner Elena. Elle éclata de rire.
« Heureusement que je suis une fille et toi, un garçon ! »
Bernardo lui adressa un sourire rapide et se dirigea vers son père. Il semblait mécontent, comme à chaque fois qu'il participait aux cours d?Elena. Il n'était plus un enfant, il se devait de respecter la famille qui l'accueillait un peu mieux que ça. Il s'arrêta devant son père, la tête baissée.
« Dois-je faire rentrer le Senior Alejandro et sa fille ? »
Rafaelo se détendit ; il préfèrerait quand son fils faisait preuve de rigueur.
« Oui, le mauvais temps s'annonce. Dis donc à Don Alejandro que s'il a besoin de mes services, je serais dans sa cabine. Le docteur attend Elena dans la sienne pour sa leçon quotidienne ; accompagne-la, comme d?habitude? »
Bernardo commença à s'éloigner.
« Et tâchez de ne pas faire de bêtises ! »
Son fils s'inclina et alla alerter son maître.
Une fois hors de vue, Bernardo grimpa agilement sur le gaillard d'avant et alla à la rencontre de Don Alejandro. Celui-ci était penché sur le bord et observait le courant de la mer. Bien qu'il fut déjà assez âgé, Don Alejandro n'avait pas l'air des vieux hommes fatigués de son âge qui attendent presque la mort. Au contraire, il restait dynamique et pétillant, ses yeux verts malicieux et vifs, le visage seulement ridé par les nombreux sourires qu'il avait distribués. Parmi toutes ses rides, il n'y en avait qu'une qui fut creusée par la tristesse ; celle qui était située juste au bord extérieur de son ½il droit. Creusée par l'horrible perte de sa femme. Une marque pour un souvenir...
Bernardo l'aimait beaucoup et le considérait comme un oncle. Pourtant, dès qu'il l'approchait, il ne savait plus vraiment comment s'y prendre avec lui.
« Senior Alejandro, excusez-moi? »
Don Alejandro parut confus de se trouver dans un tel état de torpeur.
« Oh !... Oui, mon p'tit ? Tu disais ? Excuse la vieille branche que je suis? ! La seule trace de jeunesse qui vient de moi, c?est ma belle Elena ! »
Son regard suivit le pont du bateau jusqu'à tomber sur sa fille. Elle se balançait au gré du vent en chantonnant et en tourbillonnant. Elle ne tenait jamais en place décidément !
« Mon père m'a fait prié de vous informer qu'il serait dans votre cabine si vous aviez besoin de lui. Le docteur attend Elena dans sa chambre, je vais aller la prévenir?
_ Oui, oui. Ne tarde pas ! »
Bernardo ne se fit pas prier et retourna auprès de son amie. Mais juste avant qu'il ne la rejoigne, elle commença à partir vers sa cabine, lui lançant un clin d'½il entendu. Elena comprenait tout, sans même qu'on lui dise ce qui se passait. C?était l'ange gardien de son vieux père, comme il disait souvent...
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#Posté le lundi 08 août 2005 02:28

Modifié le mercredi 10 août 2005 08:43

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Alors qu'il entra dans la cabine, Bernardo avança à pas de loup pour éviter de perturber le cours du docteur qui avait déjà commencé. Il écouta attentivement les paroles du savant pendant les deux heures qui suivirent, même si elles ne lui serviraient sûrement à rien. Puis le docteur se retira en faisant toutes sortes de compliments sur les progrès d'Elena. Une fois sorti, elle se tourna vers Bernardo et lui fit un immense sourire.
« Alors ? Que dis-tu de l'anatomie de la grenouille ? Il paraît qu'il y en a en France. Mais qu'importe ? Nous n'irons jamais là-bas ! La Californie est bien trop lointaine...
_ Elena... Mon père n'aime pas me voir traîner avec toi. Cela lui déplaît et encore plus ces derniers temps. Je crains qu'avec les rébellions, il me pousse à entrer dans l'armée espagnole.
_ Oh ! Ce vieux ronchon ! Il devrait s'estimer heureux pour toi ! Tu es son fils unique, il ne t'enverra jamais à la mort. De toute façon, mon père et moi nous y opposerions formellement. Voyons Bernardo... Moi qui croyais que tu serais encore plus joyeux qu'en Espagne en allant chercher l'aventure ailleurs ! »
Bernardo garda la tête basse.
« Mais enfin ! Dis-moi ce qui ne va pas ! »
Elle se leva de sa chaise sans le quitter des yeux et se dirigea vers la coiffeuse sur laquelle était posée une brosse. Elle la prit, se peigna doucement les cheveux et vint se rasseoir auprès de son ami.
« C'est que...
_ Oui ?
_ J'ai entendu ton père l'autre jour.
_ Tu l'espionnais ?!
_ Non !... Bien sûr que non. Seulement, il parlait à mon père et j'attendais les instructions qu'il devait me donner. La porte n'est pas très épaisse...
_ Que disait-il ?
_ Il parlait de toi, de ton âge... Il disait que tu devenais une femme mûre.
_ Ah oui ?
_ Assez mûre pour te marier.
_ Oh ! »
Elle bondit de son siège, indignée et furieuse.
« Mais il sait très bien ce que je pense du mariage ! Il sait que je me suis toujours comporter comme si j'avais été un fils pour lui, que je veux garder mon nom de famille... Il me connaît mieux que ça pour pouvoir m'imposer un époux ! »
Bernardo s'étonnait de la voir tant tempêter contre son père et ces projets matrimoniaux.
Il était certes vrai qu'elle avait toujours mené sa vie comme elle l'entendait, mais cette vie semblait se finir avec leur arrivée en Californie, il fallait s'y attendre. Elle n'était plus une enfant, lui non plus ; ils n'y pouvaient rien. C'était l'ordre naturel des choses. Voilà sûrement pourquoi leur amitié enchantait de moins en moins Rafaelo : ces adolescents devenaient adultes... Et Bernardo commençait à comprendre ce que son père craignait, mais aussi ce qui se passait en lui.
« As-tu entendu des noms ?
_ J'avoue ne pas très bien m'en souvenir. Je n'ai retenu qu'une chose : lorsque nous débarquerons au Mexique, plusieurs carrosses nous attendrons pour nous emmener jusqu'en Californie. Nous serons escortés par l'armée espagnole jusqu'à Los Angeles. Et le lendemain de notre arrivée à la nouvelle hacienda, nous assisterons à une fête organisée par les hauts partis californiens. Don Alejandro a dans l'idée de trouver ton futur époux ce soir-là, parmi les fils de ses prochains collègues. »
Elena soupira.
« Qu'y faire ? Je vais bientôt avoir vingt-deux ans. Mon père a raison, en un sens...
_ Tu vas accepter ?!
_ Tu ne crois pas ça quand même ! Ce n'est pas parce que je sais bien que c'est raisonnable que je vais m'y prêter. Il faut au contraire que je trouve un moyen de ralentir les projets de mon père. »
Elle marcha rapidement jusqu'au tiroir de son bureau, en sortit une feuille et un crayon, puis commença à écrire sous l'½il inquiet de Bernardo.
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#Posté le lundi 08 août 2005 02:42

Modifié le mardi 06 décembre 2005 05:28

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